- par Marie BAUDLOT -
- Une belle histoire - Un jeune homme de 18 ans, orphelin et vivant dans les taudis de Mumbai (Bombay), en Inde, se retrouve sur le point de remporter 20 millions de roupies lors de la version indienne de Qui Veut Gagner Des Millions ?. Accusé de tricherie, il est alors interrogé et raconte l’histoire de sa vie, émouvante et prenante. Un scénario bouleversant, qui défraye la chronique, rappelle à tous l’horreur des bidonvilles et suscite un grand élan de générosité, c'est Slumdog Millionaire, l'un des films les plus marquants de l'année 2009. Pour ce film, dont certains des acteurs sont de véritables habitants des terribles bidonvilles de Bombay, le succès est phénoménal, inattendu, inespéré et face aux millions engrangés, chacun, devant les caméras du monde entier, y va de sa promesse de dons. L’acteur Anil Kapoor, qui joue le Jean-Piere Foucault indien, annonce qu’il fera cadeau de l’intégralité de son cachet à l’ONG Plan, organisation dédiée aux nourrissons, en Inde notamment. La production donne également 570 000 euros à une œuvre de charité de Bombay qui vise à améliorer la vie des enfants de la rue, comme ceux que l’on voit à l’écran. Car Slumdog Millionaire est un film à la « Dickens », « un pur mélodrame », selon Danny Boyle, heureux réalisateur du film aux huit Oscars, où « il est question d’incroyable pauvreté, d’extrême richesse, de système de castes, d’injustices sociales. » Et il ne croyait pas si bien dire… - À vendre : Rubina Ali, 9 ans -Deux mois après la cérémonie des Oscars qui consacre Slumdog Milionnaire, un premier scandale éclabousse le film. Le magazine britannique News Of The World affirme que Rafiq Qureshi, le père de Rubina Ali, qui interprète l’héroïne du film jeune, aurait tenté de la vendre. L’article relate une rencontre entre un reporter du magazine, qui se fait passer pour un riche cheikh de Dubaï souhaitant offrir un avenir décent à la fillette, et le père de celle-ci. Dans un hôtel de la capitale, les deux hommes auraient négocié la somme : 310 000 euros. Outré par cette affaire, le père de Rubina nie rapidement les faits, soutenu par sa fille : « Mon papa m’aime et ne me vendra pas ! », déclare-t-elle au Times Of India. Rafiq Qureshi est alors entendu par la police, après que son ex-femme a porté plainte contre lui. Même s’il est finalement relâché, la sordide histoire de famille a déjà fait le tour du monde. - A la rue -Mi-mai, les tabloïds s’en redonnent à cœur joie, photos à l'appui : dans le bidonville de Garreb Nagar, pour des raisons de sécurité, les autorités démolissent une vingtaine d’habitations de fortune… dont celle du jeune Azharuddin Mohammed Ismail, qui incarne le héro du film, enfant. Les accusations fusent : Danny Boyle n’était-il pas censé pourvoir à l’éducation de ses jeunes stars ? N’avait-on pas promis à ces enfants qu’ils seraient pris en charge ? Quelques jours plus tard, c’est au tour de Rubina Ali de perdre sa maison. Les deux enfants et leurs familles sont à la rue, l’indignation est à son comble. Rapidement, le producteur du film, Christian Colson, et le réalisateur proposent aux familles de financer leur logement via la fondation Jai Ho Trust, créée pour aider les deux jeunes acteurs du film. Le gouvernement indien leur emboîte le pas et fait construire deux habitations à loyer modeste. L’affaire se tasse… - Le rêve part en fumée -Mais le sort semble s’acharner : au matin du 18 juin, un violent incendie ravage le bidonville qui a servi au décor du film. Plus de 200 habitations sont détruites et 15 personnes blessées. Le quartier où résidaient les deux acteurs s’embrase vers 4 heures du matin, et il faudra plus de 6 heures aux pompiers pour arrêter les flammes. Là où, dans le film, les deux héros se rencontrent, il ne reste plus qu’un paysage désolé. Entre paillettes, strass et extrême pauvreté, Azharuddin Mohammed Ismail et Rubina Ali sont désormais observés à la loupe par les médias occidentaux, parfois avides d’histoires croustillantes à se mettre sous la dent. A cet effet, la jeune Rubina sort un livre, baptisé De Mon Bidonville À Hollywood (Oh ! Editions), disponible depuis fin juin en France. Elle y raconte sa vie à Mumbai, le casting, le tournage et son retour brutal à la réalité après le film. « A cause de mes conditions de vie, tout le monde s’est cru autorisé à raconter n’importe quoi sur ma famille et moi. Alors je me suis dit que ce livre, c’était le moyen idéal de montrer la vérité. Je ne sais rien du monde extérieur. Et comme les gens du monde extérieur ne savent rien de ma vie, ce livre est une bonne occasion de montrer qui est la vraie Rubina Ali », déclare la petite fille. En espérant que sa bonne étoile ne la quitte plus… ![]() - A 9 ans, Rubina Ali a déjà deux vies :
actrice à Hollywood et enfant des bidonvilles à Mumbai -
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